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Lauric Jean : “C’est un moment exceptionnel dans la carrière d’un joueur”

03 mars 2015

Vainqueur pour la première fois du titre belge, tu accèdes à un rang que beaucoup te promettaient depuis quelques années; tu deviens ainsi le 27ème champion national en 83 éditions, certains lauréats n’ayant obtenu qu’une seule consécration (Plumier, Lebrun, Evalenko, Weltjens, Buyens, Bertrand, estimables anciens qui ont saisi leur chance au bon moment… comme Lauric) ;

 

Est-ce un aboutissement ou une voie de plus en plus ouverte vers d’autres succès ?

Tout d’abord, je suis ravi de ce résultat. C’est un moment exceptionnel dans la carrière d’un joueur, surtout à 22 ans et après le règne de Jean-Mi… J’ai bossé si dur ces derniers 7-8 mois que ce n’est pas qu’un résultat mais plusieurs qui se suivent. Je suis heureux et j’espère que les choses vont continuer !

 

Comment as-tu fait pour tirer la leçon d’échecs précédents (pour rappel, tu es sur le podium en 2010-11-12-13 mais pas en 2014) ?

En 2014, je jouais bien aussi. J’avais perdu contre Cedric qui avait mieux joué que moi. Ce n’était pas un tirage facile du tout. Cette année, je suis allé au combat à chaque match ! J’ai fait la guerre et j’ai donné ma vie, match après match.

 

Qu’y a-t-il de changé dans la vie (sportive) de Lauric JEAN ?

Ouh ! Énormément de choses. Je suis bien encadré au niveau de la Fédération. L’école, aussi en cours du soir, me permet d’évoluer ; je suis devenu un homme, je pense. Je bosse comme un fou, que ce soit à la table, en dehors, dans la salle de « muscu ». Je ne calcule plus mes heures, je me donne juste à 1000 %. J’ai, aussi, une vie plus saine. Je m’alimente mieux. J’ai cette envie de réussir et de ne plus perdre de temps.

 

Depuis quelques saisons, tu joues en Allemagne; que cela t’apporte-t-il ?

Cela fait au moins 6 ans que je joue en Allemagne. Cela m’apporte énormément. Je trouve le championnat allemand très professionnel et rempli de joueurs très forts et expérimentés ainsi que beaucoup d’étrangers. La pression est plus forte et les clubs investissent énormément. Il y a, à chaque match, entre 200 et 400 supporters. Donc j’adore cette atmosphère !

 

Que te manque-t-il pour accéder au meilleur niveau européen ou, autrement dit, à quelles lacunes faut-il remédier pour atteindre cet objectif ?

Je ne peux pas le dire, sinon les autres vont le savoir. (Rires) Non, je plaisante bien sûr. Je dois encore travailler ma constance, pouvoir être plus stable dans mes émotions et mes choix. Pour atteindre le meilleur niveau européen, il faut énormément de facteurs, mais les choses peuvent aller très vite vers le haut niveau. Prenez l’exemple de Stéphane Ouaiche !

 

Que se dit-on quand on réalise vraiment que le “maître” du ping belge ne sera pas à la table ?

Jean-Mi ? Pour moi, qu’il soit là ou pas,  je suis dans ma bulle. Donc, je ne pense plus qu’il est le maître. Mais c’est vrai que dimanche, quand tout était terminé et que je me suis rendu compte que le règne de Jean-Mi (25 titres) venait de s’arrêter,  je me suis dit : « Vas-y, marque les esprits ». Et c’est dur car tout le monde se dit « maintenant j’ai ma chance ». Donc, tout le monde se donne encore plus !

 

Quelle réaction au moment du tirage ? bon ?, pas bon ? Avec Bierny d’abord et Vostes ensuite, des opposants que tu connais, les autres aussi d’ailleurs ?

Justement pas bon ! Pour moi, j’avais le tirage le plus difficile. Je dois quand même battre les numéros 1, 2 et 3 pour gagner et je vois au 1er tour Ludo (Bierny) que je connais bien. On s’est rencontré tellement souvent qu’on se connaît par cœur. Donc, je me suis dit que si je veux aller chercher cette compétition, ce sera énorme mais qu’il y a du boulot ! Yannick en quart, c’était peut-être le match le plus dur psychologiquement. Je connais Yannick depuis longtemps et je sais à quel point il peut être fort. Il a quand même été 130 mondial. Il a le niveau, l’expérience et je vais dire honnêtement que, si il m’avait battu, il aurait pu  aller chercher la victoire dans ce tournoi ! J’étais explosé après ce match. En demi-finale, contre Robin Devos ; je l’avais battu il y a 2 semaines en championnat lors d’un match très serré. Il jouait aussi très bien. De plus, il revient du Koweit où il a fait « finale » en -21 et je le sentais encore plus fort.  Mais je me suis accroché ! 

 

Deux succès, pas simples, arrachés même, et puis Devos, ancien co-équipier à la ligue néerlandophone, et enfin Nuytinck, favori logique puisque évoluant sur ses terres; comment les maîtriser, y a-t-il une tactique, quelle tactique ?

Il était favori c’est sûr,  mais je pense qu’il n’est pas vraiment rentré dans sa compétition ou du moins, le début avait été facile pour lui. Donc, je me suis dit que je devais prendre l’ascendant dès le début du match et cela m’a effectivement bien réussi.

 

La victoire enfin avec une explosion de joie comme rarement vue chez nous: les sentiments se bousculent dans le corps et le cerveau; quelle première impression (enfin j’y suis !), qui saluer d’abord, qui remercier ensuite ?

Oh ! C’était incroyable ! A 10-4, je me dis «  que vais-je faire ? ».  Après la victoire, j’ai crié aussi fort que j’ai pu et j’ai retiré mon t-shirt, pour exploser. Je suis monté sur la table pour montrer que Jean Lauric était toujours là. J’ai ensuite couru vers ma petite amie Pauline Rousseau qui a toujours cru en moi. Je peux vous dire qu’elle s’est aussi battue pour moi. J’ai eu des moments très durs, familiaux ou autres, et elle a toujours été là pour moi. Elle mérite ma reconnaissance. Ensuite, mes amis d’Erquelinnes qui étaient avec elle et bien sûr mon staff : Jean-Mi, Martin, Denis, Greg, Damien qui m’ont soutenu et toujours cru en moi ! Même mes partenaires d’entraînement, malgré notre (saine) rivalité sont venus. J’avais chaud au coeur et j’en ai pleuré.

 

La fête est finie, les lampions sont éteints… on récupère; de quoi demain sera-t-il fait pour Lauric Jean ? Il a son destin (sportif) entre les mains; peut-il le gérer seul ? à qui sportivement fera-t-il confiance ?

Écoute, la fête est finie… J’ai déjà repris aujourd’hui les entraînements. J’ai confiance en mon entourage, en ce superbe groupe qui se forme à Blegny et en toute la Fédération qui bosse très dur pour nous ! J’ai enfin trouvé ma place et je peux enfin avoir une vie saine et épanouie. Je me sens tellement bien. Et le plus important, c’est que j’ai aussi confiance en… moi ! 

 

Merci Lauric. Un mot, une phrase pour conclure cette interview ? 

Ne jamais oublier d’où l’on vient, rester simple et se battre dans la vie. Tu ne reçois rien sans rien. 

 

 

Photos : Christophe Neuville – Le Ping Magazine

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